A Namur, une exposition d'illustrateurspour
la jeunesse
rend hommage à Lewis Carroll
Une vision plus exacte et plus claire
Au pays des merveilles d'illustrateurs
Par CAUWE, LUCIE
On n'a guère encore entendu parler du centenaire de la mort de Lewis Caroll, pseudonyme choisi par Charles Lutwidge Dodgson (1832-1898) pour entrer en littérature. L'auteur d'"Alice au pays des merveilles"et de "De l'autre côté du miroir" est taxé de tant de péchés aujourd'hui! Mais on le critique sans retourner à ses textes. En oubliant que les petites filles actuelles ne sont pas celles du siècle passé. En effaçant sa large influence sur les écrivains d'hier d'une part, sur la littérature de jeunesse d'autre part.
Pour sa quatrième "Quadriennale des illustrateurs pour la jeunesse en Communauté française de Belgique", le service de la culture de la Province de Namur a eu la bonne idée de réaliser un hommage collectif à Lewis Carroll. Une exposition séduisante qui explore toutes les facettes de l'écrivain victorien.
Aux cimaises, on retrouve le vrai Lewis Carroll, lavé des accusations qui lui collent à la peau. Une cinquantaine d'artistes ont répondu à l'invitation de la Maison de la culture : parmi eux, des illustrateurs sélectionnés lors des précédentes quadriennales et des nouveaux venus choisis par un jury.
Visions réalistes ou fantasmesnés de l'imaginaire explorent en tous sens le monde de Lewis Carroll. Une déclinaison harmonieuse où ont aussi bien leur place la doyenne Elisabeth Ivanovski que la jeune Sibylle Delacroix. Sans omettre les valeurs sûres, Marie Wabbes, Anne Brouillard, Kitty Crowther, Jean-Louis Lejeune, Benoît Jacques et les espoirs Dominique Goblet, José Parrondo, Thisou, pour ne citer qu'eux.
L'exposition se tient à la Maison
de la culture de Namur, tous les jours de 12 à 18 heures jusqu'au
31 décembre (sauf fériés); rens. 081/22.90.14.
Une vision plus exacte et plus claire
Universitaire américain, Morton N. Cohen est un des plus grands spécialistes de Lewis Carroll. Ce qu'on croit sans peine quand on soupèse la biographie de près de 700 pages qu'il lui a consacrée. Le titre, "LewisCarroll, une vie, une légende", résume parfaitement l'intention de l'auteur.
Il y suit les conseils donnés par le roi dans "Alice au pays des merveilles": commencer par le commencement, et une fois arrivé à la fin, s'arrêter. Pour révéler toute la richesse de la personnalité de Caroll, le biographe a compulsé des masses de documents. Epreuves de textes, lettres par milliers, journal intime (que des héritiers pudibonds avaient en partie amputé)...
Lewis Carroll apparaît comme un homme tourmenté dans cette extraordinaire biographie, aussi méticuleuse qu'attachée à l'humanité du personnage. Elle rappelle aussi que l'écrivain a également signé de nombreux autres textes balayant des domaines aussi variés que les mathématiquesou la poésie, la pratique du tennis ou la politique!
"Lewis Carroll, une vie, une légende", Morton N.Cohen;
Autrement littératures, 696 pp., 1.150 F.
Au pays des merveilles d'illustrateurs
Alice a largement inspiré les illustrateurs. Il existe de multiples interprétations du récitde Lewis Carroll. La sienne d'abord, offerte à son égérie Alice Liddell à la Noël 1864, avec des "crayonnements" débordant d'imagination. Une fantaisie que Sir John Tenniel efface un peu plus tard (petit format en Folio Junior et en Lutin Poche, grand format chez Gallimard Jeunesse). En 1907, Arthur Rackham vieillit Alice au coeur d'une nature féérique (Corentin, 1993).
D'autres versions s'ajoutent encore,comme le rappelle fort bien le catalogue de l'exposition "Visages d'Alice" (Centre Pompidou, 1983, Gallimard) qui a inspiré l'Album Pléiade publié en parallèle au texte. Ce n'est qu'en 1967 que Ralph Steadman redessine une Alice fidèle à l'originale (Aubier) ; Nicole Claveloux fait de même (Grasset, 1974 et 1991).
Rappelons encore les images de Georges
Lemoine, toutes en douceur (Gallimard, 1975) et celles, à l'esthétique
assez froide d'Alain Gauthier (Hatier). Sans oublier le grand coup qu'a
frappé Anthony Browne en invitant ses gorilles-fétiches près
du lapin blanc (Kaléidoscope, 1990) et le traitement caricatural
de Tony Ross (Hachette, 1994).